IL ETAIT UNE FOIS, EN OCTOBRE 1604...

15 octobre 1604
Le Carmel thérésien entre à Paris

Le projet de faire venir des carmélites espagnoles en France pour y implanter le Carmel rencontra bien des obstacles. La France sort à peine, en 1603, de ses sanglantes guerres de religion, l'Espagne représente l'ennemi qui menace aux frontières. Grâce à la tenacité de Madame Acarie, Jean de Quintanadoine, Seigneur de Brétigny et de Pierre de Bérulle, futur Cardinal, une délégation française, munie de toutes les recommandations et autorisations requises, part pour l'Espagne.
Le voyage de retour, presque un an après le départ, s'effectue dans la joie avec les six carmélites espagnoles choisies pour être fondatrices en France: les soeurs Isabelle des Anges, Anne de Jésus, Béatrix de la Conception, Anne de Saint-Barthélemy, Isabelle de Saint-Paul et Eléonore de Saint-Bernard. Le 15 octobre, dans l'octave de la Saint Denis, elles arrivent à Paris, à Notre-Dame des Champs (actuellement au 20 rue Henri Barbusse, 5ème arrondissement), lieu où Saint Denis aurait baptisé et réuni les premiers chrétiens de la capitale et où il aurait été arrêté.
Les carmélites, avec Madame Acarie, y passent avant d'aller à Notre Dame, coeur du diocèse, et jusqu'à Saint Denis, où elles honorent les reliques de l'évêque fondateur de la ville.

 
 

Elles qui viennent pour la prière et la mission veulent marquer que la foi et l'annonce du Christ dépendent de l'évêque. Les Espagnoles pensaient trouver une terre remplie d'hérétiques et sans foi vivante : elles sont émerveillées de l'abbaye de Saint-Denis, de sa splendeur, de ses reliques et de la ferveur de ses moines.

 
 

16 octobre 1604
Visite à Montmartre

Le lendemain, le 16 octobre, Mesdemoiselles de Longueville et d'Estouville et Madame de Bréauté les mènent au Martyrium, qui n'est encore qu'une petite chapelle dans les champs de Montmartre. Elles participent à l'Eucharistie ainsi que Madame Acarie et ses filles qui sont revenues exprès de Paris avec Mademoiselle de Fontaine, future Mère Madeleine de Saint-Joseph, première prieure française de Paris. Elles visitent l'abbaye des bénédictines, sur la butte de Montmartre. Celles-ci viennent de se réformer à la lecture de sainte Thérèse : un vent de renouveau et de ferveur souffle en France !

 
 

18 octobre 1604
Etablissement du premier carmel réformé à Paris

En la fête de Saint Luc est établi le premier carmel thérésien de France, à l'extrémité du Faubourg Saint-Antoine : c'est le CARMEL DE L'INCARNATION, dit le "Grand Couvent". Les trois premières carmélites françaises, Sr Andrée de Tous les Saints (Andrée Levoix, femme de chambre de son métier), Sr Marie de la Trinité (Marie d'Hannivel, de noble ascendance) et Sr Louise de Jésus (Madame Jourdain, veuve de son état), prennent l'habit le 16 novembre 1604. Elles ont auparavant fait partie de la "congrégation Sainte Geneviève", le groupement de piété formé par Madame Acarie, animatrice du "Paris spirituel", inspiratrice du renouveau ou de la fondation de maints ordres, écoles et hôpitaux, qui a organisé la venue des filles de sainte Thérèse en France.


 
 

Et ensuite, de 1604 à 2004...

Le grand couvent une fois fondé essaimera à travers toute la France. Les vocations abondent. Entre 1605 et 1620, vingt-cinq monastères sont érigés. En 1644, il y en a cinquante-cinq.
Le carmel de PONTOISE est fondé en 1605, puis Dijon, Amiens, Tours, Rouen, Bordeaux... La communauté de Pontoise est restée en son implantation originelle : c'est donc le plus ancien carmel de France. Madame Acarie, devenue veuve, entre au Carmel en 1614 et finit ses jours dans la communauté de Pontoise. Humble soeur converse, cette femme de tête qu'Henri IV lui-même admirait, devient soeur Marie de l'Incarnation et met toute sa joie à être oubliée du monde. Elle meurt en 1618. Son rayonnement spirituel est immense.

A Paris, un autre monastère est vite fondé rue Chapon.La communauté va aussi envoyer des soeurs en fondation, mais n'existe plus aujourd'hui

Une autre fondation issue du Grand Couvent s'installe définitivement en 1657 rue du Bouloy, tout près du Louvre ; il déménagera ensuite de nombreuses fois. C'est par cette communauté que la jeune princesse Louise, âgée de treize ans, entend l'appel de Dieu. Elle entrera au carmel de Saint Denis sous le nom de Thérèse de Saint-Augustin (1737-1787). La communauté se reconstitue après la tourmente révolutionnaire. Un temps installée avenue de Saxe, puis exilée en Belgique (en 1901), la communauté est désormais à CRETEIL depuis 1920.

A la Révolution : la communauté doit sortir du Grand Couvent à la fin septembre 1792. Elles sont trente-six, réparties en quatre groupes de neuf. Un logis, retenu d'avance par la prieure, est assuré à chaque groupe, qui peut ainsi continuer la vie communautaire. En 1797, toutes se rassemblent rue Notre-Dame des Champs. En 1802, on recouvre une partie de l'ancien monastère, qui devient alors le carmel de la rue d'Enfer. La chapelle voit les prémisses de l'Adoration Réparatrice de Théodolinde Dubouché et des Franciscaines du Saint Sacrement de Troyes. Le pianiste israélite Hermann Cohen (1821-1871), qui entrera dans l'Ordre du Carmel, y puise la première inspiration de l'Adoration nocturne dans les paroisses. Il choisira comme nom de religion Augustin-Marie du Saint-Sacrement. En 1856, on reconstruit le monastère et on découvre la cave Saint Denis, objet d'intérêt pour les archéologues, qui est restaurée en 1895. En 1901, c'est l'exil. Après quelques jours passés chez les Dames du Sacré Coeur de Bruxelles, les carmélites s'installent à Andar Lecht. A partir de 1920, la communauté s'installe à CLAMART.

En 1848, un carmel est fondé rue de Messine par le Grand Couvent. Au début du vingtième siècle, le carmel partit en exilà Amay. En 1919, les travaux d'urbanisme ayant fait disparaître l'ancien couvent, la communauté s'établit à Boulogne-sur-Seine. Dans les années quatre-vingt, un groupe de soeurs part fonder dans les Ardennes, à LA FONTAINE OLIVE (Aubigny).

Le carmel de la rue de Messine a aussi fondé celui de Strasbourg, qui à son tour essaimera à Dijon. Quand la bienheureuse Elisabeth de la Trinité (1880-1906) entre au carmel de Dijon, on y parle de la fondation de Paray-le-Monial. Sr Elisabeth ne fait pas partie du groupe des fondatrices ; elle meurt en 1906. Mère Marie de Jésus (Mercier; 1853-1917) est prieure de Dijon et organise la fondation, qui eut lieu en 1901. Aessandra di Rudini (1876-1931), qui prend aussi le nom de Marie de Jésus, entre à Paray-le-Monial en 1911. Devenue prieure, elle fonde Valencienne en 1924, MONTMARTRE en 1928. Le groupe des fondatrices y arrivent le 19 juin 1928 et la première messe est dite le 6 juillet suivant. Mère Marie de Jésus organise ensuite la fondation du carmel du Reposoir, érigé canoniquement dès 1928 ; le groupe fondateur est conduit par Mère Cécile de la Trinité.

Cette histoire de quatre siècles nous invite à l'action de grâce pour la foi et la persévérance de celles qui nous ont précédées. C'est une invitation à répondre aujourd'hui à notre mission de prière car

 

"Tout parisien, tout visiteur de la capitale peut se dire, en percevant à l'horizon les coupoles blanches du Sacré-Coeur de Montmartre, que là-haut, à ce moment, on prie pour lui, pour tous ceux qu'il côtoie et pour le monde entier." (Jean-Marie Cardinal Lustiger, juin 1995)