Voici ce qu'il me semble. L'âme est parfois comme ceux qui naviguent par un vent très doux : ils avancent beaucoup sans s'en apercevoir.
Au contraire, dans les autres états dont j'ai parlé, les opérations sont si puissantes que l'âme ne peut manquer de percevoir son progrès : en un instant, ses désirs bouillonnent, jamais rien ne parvient à la satisfaire. L'âme ainsi disposée ressemble à ces petites fontaines que j'ai vues quelquefois et qui, dans leur jaillissement, projettent continuellement du sable avec leurs ondes. Cette comparaison me semble croquer sur le vif les âmes dont nous parlons : l'amour chez elles est en perpétuel jaillissement, il suggère toujours de nouveaux desseins, il ne saurait rester inerte, semblable à l'eau dont je parle qui, impatiente d'être mêlée à la terre, la projette sans cesse. Oui, c'est bien dans cet état que l'âme se trouve très souvent. L'amour qui la remplit est tel qu'elle ne peut demeurer en repos, elle est incapable de se contenir. Abreuvée à profusion de cet amour, et sachant bien qu'il ne peut lui manquer, elle aspire à en abreuver les autres, afin de pouvoir célébrer avec eux les louanges de son Dieu !
Oh ! si souvent je pense à cette eau vive dont Notre Seigneur parlait à la Samaritaine !
J'aime tout particulièrement ce passage de l'Evangile. Dès mon enfance, il en était ainsi et pourtant je ne comprenais pas comme à présent la valeur d'un tel trésor. Bien souvent, néanmoins, je suppliais Dieu de me donner de cette eau et j'avais toujours auprès de moi une image représentant Notre Seigneur près du puits de Jacob, avec ces mots :
SEIGNEUR, DONNE-MOI DE CETTE EAU !
(Vie, chap. 30)