Si nous ne voulions avoir que les croix de notre choix et laisser les autres, nous ne pourrions imiter notre Epoux qui, malgré toutes les douleurs qu'il ressentit de sa passion au jardin des Oliviers, termina sa prière par ces mots : Que ta volonté soit faite ! Cette volonté divine, il faut l'accomplir toujours. Et puis, que Dieu fasse de nous ce qu'il voudra !
(Lettre du 22 juillet 1579)
Méditons la prière de Notre Seigneur au jardin des Oliviers et, sans nous y fixer, nous continuerons à le suivre en esprit jusqu'au moment où il est cloué sur la croix ; ou bien prenons un point particulier de la Passion, par exemple l'arrestation du Sauveur et, réfléchissant sur ce mystère, considérons dans le détail tout ce qui peut frapper notre intelligence et notre coeur, comme la trahison de Judas, la fuite des apôtres, et les autres circonstances.
(Sixièmes Demeures, chap. 7)
Mais, ô mon Dieu, si souvent nous voudrions juger des choses spirituelles tout comme des choses du monde, selon nos vues personnelles et d'une manière bien éloignée de la vérité ! Nous croyons par exemple pouvoir mesurer notre avancement dans l'oraison aux années que nous y avons passées. Nous semblons même fixer une mesure à Celui qui, lorsqu'il lui plaît, n'en met aucune dans ses bienfaits, à Celui qui peut enrichir davantage telle âme en six mois qu'une autre en de longues années. Une âme qui a mendié à Dieu discernement et humilité vraie ne tombera pas dans cette erreur, j'en suis persuadée. Je disais donc qu'il est bien dangereux de comptabiliser le temps passé à l'oraison.
Je ne dis pas que Dieu ne tienne compte des progrès d'une âme et que, si elle joint l'humilité à l'oraison, il ne lui accorde des faveurs mais ce que je demande c'est qu'on ne fasse nul cas du nombre des années. Tout ce que nous pouvons faire ne mérite que le dédain, mis en regard d'une seule goutte du sang que le Seigneur versa pour nous. Pour l'amour de Dieu laissons donc là tout calcul !
Je ne nie pas que Sa Majesté, dans sa bonté infinie, n'attache beaucoup de prix aux petits actes que nous pouvons accomplir mais pour ma part, je voudrais ne pas m'en soucier, ni même remarquer que je les fais, puisqu'ils ne sont rien. A toi, ô mon Maître, de donner de la valeur à ce qui n'en a pas, puisque tu m'aimes tant.
(Vie, chap. 39)